Manaus, 1896 Teatro Amazonas. Nord Ouest du Brésil. Capitale du "rubber boom" (le latex, le caoutchouc) de la fin du 19ème siècle!

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Petite, j'ai été nourrie des récits de Jack London, Fenimore Cooper et Mayne Reid (1818-1883). Ce dernier, écrivain américain d'origine irlandaise a écrit de nombreux romans d'aventures (dont la fameux "Chevalier sans tête", traduit par Nabokov) et l'un d'eux, "Les exilés dans la forêt" dont l'action se déroule en Amazonie.

J'ai de magnifiques souvenirs, en images, d'anaconda géants, de tapirs surgissants des buissons, de chauves-souris vampires sur les berges du Rio Negro (peut-être) qui viennent la nuit égorger le bétail, de cuisson de plats étranges dans des feuilles de bananiers au bord de l'eau, d'une nature saturée d'humidité et d'odeurs, de bruits et d'insectes.

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Après, bien plus tard, il y eu Fitzgeraldo et Herzog, où le personnage principal, après avoir assisté à un opéra au Teatro Amazonas, rêve d'en construire un à Iquito, Pérou.

Teatro Amazonas, surgit en pleine forêt amazonienne, des rêves européens des planteurs d'hévéa! Au bord du Rio Negro s'est elevée la voix de Sarah Bernhardt dont le gouverneur de la ville, Edouardo Gonçalves Ribeiro, était paraît-il secrètement amoureux! De grands airs d'opéra ont couru les toits de Manaus le long de l'eau noire. Glaces de Murano, tapisseries des Gobelins, acieries de Manchester, rien n'était trop beau pour les milliardaires du caoutchouc! Ford a même fait construire une ville entière dans la forêt, Fordlandia, une histoire hallucinante. Dunlop a inventé le pneu en 1887. Ruée vers le latex! Avant que, très vite, l'Indochine et la Malaisie ne suplantent cette démesure, rendant les pierres à l'humidité désertée (en 1910 déjà, c'est fini).

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Il y eu aussi Gabriel Garcia Marquez (colombien) et la découverte des écrivains sud-américains, Cortazar, Fuentes, Borges, Paz, Neruda, Drumond de Andrade, pour ne citer qu'eux, dont l'imaginaire, à la différence du nôtre, peut abolir temps et espace avec une aisance déconcertante; ils peuvent tout inventer, rien ne semble relever du procédé.

Pour tout cela (pas de nostalgie,non, juste le goût de l'aventure) je voudrais être en 1896 au Teatro Amazonas et écouter de grands airs d'opéras sans penser alors, que la forêt est amenée à disparaître, les indiens à lutter, pied à pied, l'imaginaire à devenir urbain, et la démesure et l'aventure, à disparaître...un peu, beaucoup.

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