D'où je rêve de bloguer, aujourd'hui
Par Marie Estelle le samedi 26 avril 2008, 16:55 - feeling - Lien permanent

La mer en face de ma fenêtre se couvre de nuages, je retourne à mon ordi. Pas vraiment une chaîne, une idée à partager, lancée par Frank, que j'ai eu envie de suivre aujourd'hui, comme d'autres sur la plateforme (ça me fait toujours sourire "plateforme" sans pétrolière derrière; d'où vient ce mot par ici?).
Humeur aux voyages, à d'autres horizons, voir ci-dessous l'endroit où je n'irai sans doute jamais, et pour cause...
Manaus, 1896 Teatro Amazonas. Nord Ouest du Brésil. Capitale du "rubber boom" (le latex, le caoutchouc) de la fin du 19ème siècle!

Petite, j'ai été nourrie des récits de Jack London, Fenimore Cooper et Mayne Reid (1818-1883). Ce dernier, écrivain américain d'origine irlandaise a écrit de nombreux romans d'aventures (dont la fameux "Chevalier sans tête", traduit par Nabokov) et l'un d'eux, "Les exilés dans la forêt" dont l'action se déroule en Amazonie.
J'ai de magnifiques souvenirs, en images, d'anaconda géants, de tapirs surgissants des buissons, de chauves-souris vampires sur les berges du Rio Negro (peut-être) qui viennent la nuit égorger le bétail, de cuisson de plats étranges dans des feuilles de bananiers au bord de l'eau, d'une nature saturée d'humidité et d'odeurs, de bruits et d'insectes.

Après, bien plus tard, il y eu Fitzgeraldo et Herzog, où le personnage principal, après avoir assisté à un opéra au Teatro Amazonas, rêve d'en construire un à Iquito, Pérou.
Teatro Amazonas, surgit en pleine forêt amazonienne, des rêves européens des planteurs d'hévéa! Au bord du Rio Negro s'est elevée la voix de Sarah Bernhardt dont le gouverneur de la ville, Edouardo Gonçalves Ribeiro, était paraît-il secrètement amoureux! De grands airs d'opéra ont couru les toits de Manaus le long de l'eau noire. Glaces de Murano, tapisseries des Gobelins, acieries de Manchester, rien n'était trop beau pour les milliardaires du caoutchouc! Ford a même fait construire une ville entière dans la forêt, Fordlandia, une histoire hallucinante. Dunlop a inventé le pneu en 1887. Ruée vers le latex! Avant que, très vite, l'Indochine et la Malaisie ne suplantent cette démesure, rendant les pierres à l'humidité désertée (en 1910 déjà, c'est fini).

Il y eu aussi Gabriel Garcia Marquez (colombien) et la découverte des écrivains sud-américains, Cortazar, Fuentes, Borges, Paz, Neruda, Drumond de Andrade, pour ne citer qu'eux, dont l'imaginaire, à la différence du nôtre, peut abolir temps et espace avec une aisance déconcertante; ils peuvent tout inventer, rien ne semble relever du procédé.
Pour tout cela (pas de nostalgie,non, juste le goût de l'aventure) je voudrais être en 1896 au Teatro Amazonas et écouter de grands airs d'opéras sans penser alors, que la forêt est amenée à disparaître, les indiens à lutter, pied à pied, l'imaginaire à devenir urbain, et la démesure et l'aventure, à disparaître...un peu, beaucoup.


Commentaires
Coucou Marie,
L’image de la mer que tu voies de ta fenêtre est digne d’un film d’Hitchcock. Elle est belle est inquiétante à la fois …
Tu as vécu de très belles aventures, riches d’enseignement. Tout ce dont tu nous fais part dans ton billet, même si tu ne souhaites pas te plonger dans la nostalgie, nous engage à réfléchir et ce, très sérieusement. Le bilan que je fais de l’Ere industrielle n’est pas convaincant et ce, même si j’en profite au quotidien. La course folle vers l’industrialisation a contraint l’Humanité à détériorer tout ce qu’elle avait de plus précieux : l’environnement, et faire un retour en arrière est irréalisable.
Il y a quelques années de cela, un de mes amis a descendu une partie du fleuve Negro, juste un peu en amont de la « jointure » avec Madeira. J’ai été impressionnée par la couleur quasi marron de Negro et vert/bleu de Madeira qui coulaient l’un à côté de l’autre pendant une longue distance sans se mélanger. Cette caractéristique serait due à l’acidité de l’eau des 2 fleuves et cette image était magnifique.
Grâce à toi, j'ai aussi visité virtuellement, le Teatro Amazonas. Une vue panoramique à 360° de ce somptueux endroit donne des frissons. Alors, ajoutons à cela quelques airs d’opéra … et une machine à remonter le temps … et te voilà en 1896 ! N’arrête surtout pas de rêver, c’est ce que nous avons de plus intime.
Bonne soirée et au plaisir de te lire …
Oui Renata, on ne peut revenir en arrière, et la planète s'accroche comme elle peut...
Pour les rêves, c'est drôle, je ne les vois pas comme "intimes", mais plutôt comme chimères à partager
A bientôt.
Bonjour Marie Globe Trotteuse ! Ce billet est une invitation au voyage très agréable ! Et cette musique.... Belle découverte que ce blog !!
Tes petites phrases sont publiées. Merci de ta participation !
à très bientôt Marie !
Merci beaucoup BJC, les encouragements c'est toujours bon à prendre. Encore merci pour cette invitation.